Cette question, c’est Samantha qui me l’a posée il y a quelques jours alors que je préparais ma mouture d’éthiopien d’un torréfacteur néerlandais. Surpris de recevoir cette question de la part de quelqu’un qui n’en boit pas, elle m’a poussé à remonter le fil de mon histoire avec le café. Une fois l’aspect pécunier enterré à l’annonce du coût d’une Linea Micra, j’ai démêlé mes arguments lors de notre conversation.
Je prends une La Marzocco comme l’un des gages de qualité lors du choix d’un café croisé au détour d’une rue. À raison ou à tort, elle m’évoque une certaine connaissance et investissement de la part de l’établissement et me laisse espérer une expérience gustative prometteuse. J’y commanderais alors certainement un flat white. Breuvage caféiné de prédilection autant à onze heures qu’à quinze. J’y apprécie l’esthétisme des lignes et le brillant des chromes, le rangement des tasses sur le plateau supérieur et la mécanique qui tourne comme de la fine horlogerie helvète. Le fleuron italien de la machine à espresso sait taper dans l’œil et dans le palais, tant dans un coffee shop que dans un intérieur. Je l’apprécie ponctuellement mais pas au point d’en faire mon indispensable à la maison. Outre l’implication financière qui n’en est même pas la raison primaire. J’aime mon café version manuelle et analogique. Plus proche de la cérémonie du thé que de la mécanique de luxe, le café filtre m’apporte une sensation de maîtrise qui excite mon appétit à vouloir faire les choses de mes mains. Évidemment que je ne suis ni le producteur ni le torréfacteur, mais tout le reste de la chaîne répond à mes choix et suit le rythme de mes doigts. Le plaisir de retrouver jour après jour mon moulin aussi fluide qu’une pièce usinée de haute précision pour accomplir la tâche brute du broyage des grains pour en révéler toute la couleur, le parfum et le goût. Une mouture préparée selon mes réglages affinés, prête à être noyée d’une eau chauffée à la température que j’ai choisie.
Cette passion m’attire parfois des remarques sur mon exigence supposée. Certains amis hésitent désormais à me proposer leur café, imaginant des attentes que je n’ai pas. La vérité est plus simple : j’aime mon rituel et sa complexité. J’aime son esthétisme, sa lenteur, son attention aux détails et son goût. Mais j’aime tout autant qu’on me propose un café que je serai ravi d’accepter, sans autre attente que le plaisir du partage. Quand j’accepte, c’est d’abord pour la main tendue et le moment partagé autour d’une tasse.
Je ne ressens pas d’addiction au café. Je n’en ai pas besoin pour me réveiller ni pour tenir ma journée. Je n’en bois pas par principe ni automatisme. J’en consomme par envie, pas par nécessité. Je le déguste essentiellement seul mais l’apprécie aussi en bonne compagnie. J’ai le plaisir coupable d’un Starbucks comme celui d’un espresso bien extrait. Je comprends toutes les façons d’aimer le café : le besoin matinal, la tasse quotidienne guidée par l’habitude, le symbole social de la pause café.
Certains jours, il m’est plus difficile d’être en pleine conscience de chaque étape de ce rituel, mais je bois toujours le café que je prépare de mes propres mains et tel que j’aime le boire. Pas selon les codes stricts du café de spécialité puisque j’y mélange parfois du sirop et souvent du lait. Mais c’est mon café. Celui qui me plaît. Filtré.
Voilà ma réponse à Samantha : si je devais avoir une machine espresso, ce serait une Lamarzocco. Mais entre les pistons d’une belle chromée italienne et le rituel manuel, j’ai choisi la lenteur des gestes qui me ressemblent.
P.S: pour les curieux qui veulent savoir ce que j’utilise comme matériel, tout est là.